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Réglementation de la propriété intellectuelle : comment favoriser l’innovation sans la verrouiller ?

Réglementation de la propriété intellectuelle : comment favoriser l’innovation sans la verrouiller ?

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Par Lionel Pailloncy

Réglementation de la propriété intellectuelle: comment favoriser l’innovation sans la verrouiller ?

 

Avec des procès d’envergure sur la possible violation de brevets – comme celui en cours entre Apple et Qualcomm –, les risques de sanctions vertigineuses sont conséquents. Les entreprises doivent étendre leur protection d’inventions à l’international, et être des plus réactives, tant sur leur détention de brevets, que la gestion de la marque. Un encadrement qui se précise aussi en France avec la récente loi du secret des affaires.

Investir en R&D… et en sécurisation

S’il avait pu breveter l’ampoule à incandescence en 1879, est-ce que Joseph Swan aurait pu ravir la renommée à Thomas Edison sur cette brillante découverte ? C’est cependant une bataille judiciaire qui donna raison à Swan, même si la réputation de l’invention revint à Edison.

 

Les branches Recherche et Développement sécurisent plus que jamais – et au plus vite – les découvertes et innovations. Un coût conséquent, mais indispensable pour la croissance des entreprises, dont les enjeux financiers sont stratégiques. La sécurisation de brevets par les moyens légaux représentant un juteux marché aux inventeurs qui peuvent se protéger, en faire facturer l’usage aux tiers, mais également à des détenteurs qui n’en ont pas la paternité.

 

Droits d’auteurs, dessins, modèles… toute protection légale est utile dans un contexte croissant d’investissements, obligatoire pour garantir les avancées technologiques ou fonctionnelles. Plus récemment, la France s’est dotée par la loi du 30 juillet 2018 d’un encadrement plus précis autour du secret des affaires par un régime spécifique. Ce texte est issu de la retranscription d’une directive de l’Union européenne de 2016. Il sanctionne la divulgation de toute information dite « sensible », et fit débat lors des sessions parlementaires puisque réprimant la légitimité des donneurs d’alertes dans certains cas.

 

 

Un catalogue de brevets aussi valorisé que des actifs

Le rachat de brevets représente également une tactique dans l’investissement des firmes. Fin 2012, un consortium composé de Samsung, Apple, Google et Facebook racheta pour 525 millions de dollars les 1100 brevets de Kodak sur le traitement d’images digitales. Déçu, Kodak espérait retirer de cette vente de brevets plus de 2,5 milliards de dollars, ne fut pas en mesure de freiner ses déboires commerciaux. Kodak négocia toutefois une clause d’utilisation de ses brevets concédés, un joker pour son avenir dans la production d’appareils photo numériques sous sa marque.

 

Si le portfolio de brevets attire tant, c’est que l’investissement est rentable, ou qu’inversement, il peut être nuisible aux concurrents qui se retrouvent contraints de négocier pour employer des technologies déposées. Une infraction sur brevet rapporte potentiellement gros, et la course est lancée pour sécuriser une idée.

 

Apple, à titre d’exemple, perdit en 2006 un procès contre Creative sur l’usage de la navigation de l’iPod. Après plusieurs mois de procès, la firme de Cupertino signa un chèque de 100 millions de dollars pour clore le chapitre. Douze ans plus tard, Apple dispose de plus de trésorerie pour se protéger de ce type de procès. Mais Apple investit également dans la R&D et acquiert des sociétés détenant des brevets. Ainsi, cet été, Apple racheta Akonia Holographics, société spécialisée dans le traitement de réalité virtuelle et augmentée.

 

Un pas de plus dans la course à étoffer rapidement la base de connaissances, acquérir un portfolio de brevets, garants d’avantages compétitifs directement valorisés sur les nouveaux modèles de smartphones, dont la firme améliore constamment les performances de l’appareil photo.

 

 

« Patent Infringement », ou le risque de violation de brevet

Nintendo, Microsoft, Samsung, Apple, Google… tous ont pour point commun d’avoir perdu les dernières années des procès colossaux pour utilisation abusive de brevets. Ces violations de brevets, souvent revendiquées avec une valorisation dans le temps d’usage, font souvent sourciller par les montants évalués en perte par les plaignants, et dont l’issue se solde régulièrement au tribunal.

 

Dès lors, quelle tactique adopter pour ne pas être contraint à se retrouver par la case tribunal, et dont les constitutions de dossiers sont des chantiers à part entière ? D’après le cabinet Benech, spécialisé en propriété intellectuelle, l’entreprise qui dispose ou non d’un brevet, a plusieurs options : elle peut procéder par une recherche de libertés d’exploitation, en cartographiant les brevets en vigueur dans le domaine technique considéré, et s’assurer des fonctions possiblement à contourner dans leur usage. D’autre part, dans l’éventualité d’un brevet non contournable, le titulaire peut accepter de concéder un droit moyennant une redevance. Si d’aventure le titulaire refuse, il est envisageable de chercher la nullité du brevet, mais cela implique une démarche par les tribunaux pour étayer la nullité du brevet.

 

 

Contourner la nullité du titre

Selon Alexandre Jacquet, associé au sein du cabinet Benech, l’entreprise peut ainsi avoir un intérêt stratégique à établir la nullité d’un brevet gênant d’un concurrent. Plusieurs possibilités existent pour démontrer la nullité d’un brevet : établir le défaut de nouveauté, en s’appuyant sur la divulgation, l’usage ou la circulation d’un document antérieur à la date du brevet ; ou démontrer le manque d’activité inventive, en dénonçant l’évidence du brevet par un expert issu du métier.

 

Le travail de recherche dans les bibliothèques de brevet bénéficie également aux « Patents trolls » (ou chasseurs de brevets), qui sont à l’affût de constitution de portefeuilles de brevets ; c’est un point non négligeable et à considérer dans la protection d’inventions, tout en veillant à la vigilance des usages possibles. Dans les secteurs innovants, les bibliothèques de brevets ne sont pas exclusivement anglophones, mais sont aussi recentrées en Asie ce qui, de surcroît, complexifie les veilles et recherches.

 

 

La marque, alternative à la protection de l’invention ?

Souvent considéré comme l’allié de la marque, le brevet dispose d’une date de fin. Mais que faire quand le brevet tombe dans le domaine public ? Généralement, au bout de vingt ans, l’entreprise doit considérer un usage allant au-delà de celui cantonné au brevet. La construction d’une marque est alors utile pour garantir la réputation, tout en permettant de rester une référence dans les usages.

 

Efferalgan est ici une bonne illustration de marque ayant survécu à la fin de son brevet puisque la molécule est connue de tous, car le rapport du patient au médicament est un automatisme envers la marque. Frigidaire, thermos, escalator, yo-yo… autant de marques déposées dont le nom a conquis la notoriété de l’invention qu’ils couvraient.

 

Dès lors qu’elle est complémentaire, la marque protège un nom et des produits. L’association reste fragile par exemple dans le milieu pharmaceutique, puisque le délai de protection par le brevet est d’autant plus amputé par la demande d’autorisation de mise sur le marché. L’industrie pharmaceutique dispose ici d’un atout avec le report d’un complément de quelques années, équivalent à cette période de mise sur le marché. Un sursis dont ne bénéficient pas les autres secteurs.

 

 

Anticiper la fin du brevet en renforçant la marque

S’il ne fait nul doute que le brevet protégera l’invention pour un nombre d’années limitées, l’arrivée de nouveaux usages déloge des inventions moins récentes. Aussi, Apple ne distribue plus d’iPod à « molette », et son iPhone 2018 ne contient plus de bouton « Home ». Une facilité si toutefois l’entreprise devait verser des royalties sur cet ancien usage, mais une source de revenus si elle tient à tolérer son emploi par d’autres constructeurs.

 

Fin septembre, la commission américaine du commerce international reconnaissait à Qualcomm la violation d’un brevet par Apple dans le procès qui les oppose. Si le risque d’une amende record reste faible pour Apple, le partenariat commercial est d’ores et déjà rompu. Une réalité qui sera difficile à contourner pour l’avenir de Qualcomm et qui pèsera dans leurs futurs partenariats, et la vision de l’entreprise.

A propos de l'auteur

Lionel Pailloncy est manager et membre du Pôle Digital et Performance du cabinet

 

Article publié dans Les Echos

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Développement de l’e-commerce en Afrique: une dynamique entre désert économique et jungle digitale

Développement de l’e-commerce en Afrique: une dynamique entre désert économique et jungle digitale

Photo de Johnathan Gerardin auteur de l'article
Par Sofiane Asfiri

Développement de l’e-commerce en Afrique: une dynamique entre désert économique et jungle digitale

Alors que plusieurs pays d’Afrique subsaharienne constituent des marchés prometteurs pour l’e-commerce, ces régions se heurtent encore à des difficultés d’ordre logistique et structurel.

Avec l’émergence d’une classe moyenne évaluée à 22 millions de ménages et un taux de croissance démographique atteignant 3 à 4% chaque année selon le FMI, les pays d’Afrique subsaharienne présentent des caractéristiques qui en font des marchés prometteurs, mais qui demeurent difficiles à exploiter. Aujourd’hui, cette région constitue une des dernières zones à résister à la croissance de l’e-commerce.

 

Drainée par les pays d’Afrique de l’Ouest et centrale, lesquels représentent un marché au potentiel colossal pour les entreprises, l’Afrique subsaharienne reste particulièrement hermétique à l’e-commerce. Devenu une évidence à l’échelle mondiale, le paiement en ligne en est encore à ses premiers balbutiements sur cette partie du continent. Face à un taux de bancarisation global inférieur à 20% (chez les adultes de plus de 15 ans) et un taux de pénétration d’Internet avoisinant les 30%, les commerçants peinent à atteindre la grande majorité des consommateurs d’un continent où de nombreux obstacles freinent leur développement.

 

Un développement freiné par les habitudes des consommateurs et la multiplicité des acteurs locaux

Les populations africaines se sont très tôt tournées vers des moyens de paiement non-conventionnels et, plus particulièrement, vers le paiement mobile. Les règlements par cash et carte n’ont jamais été une option pour nombre de consommateurs qui doivent composer avec la fragilité des systèmes bancaires locaux -provoquant régulièrement des crises de liquidités telles qu’observées en 2016 au Kenya et en RDC- ainsi que leur incapacité à ouvrir des comptes en banque par manque de sources de financements.

 

Premier marché mondial avec près de 330 millions d’abonnés et un montant global des transactions avoisinant les 20 milliards de dollars en 2017, l’Afrique subsaharienne constitue un marché juteux pour les opérateurs réseau, principaux fournisseurs de ces services de paiement. Une attractivité qui ne manque pas d’attirer près de 140 opérateurs de (paiement par SMS depuis mobile) répartis sur 39 pays, parmi lesquels certains géants se taillent la part du lion: le français Orange, le britannique Vodafone et le sud-africain MTN, comptant respectivement 33 millions, 120 millions, et 168 millions d’abonnés sur la seule année 2016. Des chiffres qui devraient croître car le nombre d’abonnés devrait atteindre 725 millions en 2020.

 

Le manque d’interopérabilité

La principale difficulté pour les entreprises locales utilisant le canal e-commerce est justement de pouvoir intégrer sur leur plateforme les nombreuses solutions mobiles présentes sur le marché, lesquelles fonctionnent toutes de manière indépendante et sans aucune interopérabilité. Ainsi, chaque commerçant se voit dans la nécessité de signer un contrat par opérateur, ce qui implique des coûts opérationnels qui peuvent s’avérer très onéreux pour nombre de commerçants locaux.

 

Face à cette situation, ces dernières années ont vu éclore de nombreuses solutions de paiement universelles, créées par des start-up locales pour tenter de relancer la filière. Parmi ces jeunes pousses, Intouch, entreprise sénégalaise dont la solution repose sur l’agrégation de paiements par carte, mobile, virements, cash, et bons d’achats. Fournissant une interface unique pour le commerçant, cette solution permet de se connecter avec tous les opérateurs tout en signant un seul et même contrat.

 

Des initiatives similaires ont été développées en Côte d’Ivoire par Sycapay et en France avec WeCashUp. Ces acteurs espèrent aussi concurrencer les géants Western Union et MoneyGram sur les transferts de devises pour l’Afrique, qui ont été évalués à 65 milliards de dollars en 2017.

 

Concentration des opérateurs de mobile money en Afrique subsaharienne

De nombreuses difficultés endémiques des pays subsahariens se dressent contre le développement de la vente en ligne, en dépit des innovations qui promettent d’en relever le défi technique.

 

L’Afrique subsaharienne est une région où la chaîne logistique est globalement peu développée, voire inexistante, un inconvénient significatif lorsqu’il s’agit de livrer des biens de consommation. Outre les problèmes de logistique, la livraison de marchandises a peu de chance d’aboutir dans certaines zones peu stables car parfois contrôlées par des groupes dissidents échappant à tout contrôle étatique.

 

L’e-commerce se confronte aussi au manque de confiance de la part d’une majorité de consommateurs africains, vivant dans des régions où règne une très forte cybercriminalité. Face à cette menace, les principaux sites e-commerce africains tels que Konga et Jumia proposent aux consommateurs effectuant leurs commandes en ligne un service de paiement à la livraison (cash-on-delivery), une pratique encore très largement plébiscitée dans la région. Selon une étude publiée par l’International Data Group Connect en 2013, les cybercrimes auraient coûté près de 500 millions de dollars à l’économie nigériane. Autant de facteurs qui découragent aussi bien les consommateurs que les commerçants…

 

Pourtant, le développement de l’e-commerce serait une source de croissance considérable pour la quasi-totalité des pays d’une région à la population jeune et toujours plus connectée, et qui verra sa population passer de 1 à 2,5 milliards d’habitants en 2050. Sans changement majeur à l’échelle continentale, l’Afrique subsaharienne prend le risque d’observer l’émergence d’une jungle digitale au milieu d’un désert économique.

 

Le sujet a été au centre des débats du TechXAfrica, conférence réunissant les leaders mondiaux des TIC (technologies de l’information et de la communication), réunis fin septembre à Johannesbourg, pour traiter des solutions commerciales et informatiques innovantes propres aux enjeux du continent africain.

A propos de l'auteur

Sofiane Asfiri est consultant au sein du pôle Digital et Performance

 

Article publié dans e-commerce mag

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Le digital peut-il sauver l’agriculture française ?

Le digital peut-il sauver l’agriculture française ?

Photo de Johnathan Gerardin auteur de l'article
Par Arnaud Baloche

Le digital peut-il sauver l’agriculture française ?

Quelques jours après la démission du ministre de la Transition écologique Nicolas Hulot, Arnaud Baloche, évoque l’avenir de l’agriculture française et plus précisément les enjeux d’intégrer le digital à l’agriculture.

24 juillet 2018, la seizième étape du Tour de France est brusquement interrompue par un barrage d’agriculteurs locaux. Cette énième manifestation montre bien la grande détresse des agriculteurs français dans un marché toujours plus compétitif avec des coûts d’exploitation élevés, des aides financières à la baisse, des contraintes réglementaires renforcées, et des conditions de travail toujours plus difficiles.

 

Le gouvernement Macron a prévu un plan à horizon 2020 pour sauver le secteur et l’ensemble de la biodiversité française. Après le déblocage de 1.1 milliard d’euros sur 5 ans voté en avril dernier pour financer le développement du bio en France, le gouvernement prévoit dans son plan de continuer dès la rentrée à activer d’ultimes mesures comme la gestion de l’artificialisation des sols pour réduire l’impact sur les terres agricoles, l’interdiction du glyphosate, des nouvelles négociations commerciales pour mettre fin à la guerre des prix entre tous les acteurs de la filière ou encore la transparence sur les prix. Le récent départ surprise de Nicolas Hulot, ex-Ministre de la Transition Ecologique et Solidaire, montre bien la difficulté de réformer à la fois le secteur agricole et le secteur écologique sans impacté l’un ou l’autre.

 

Ce n’est pas la première fois que le gouvernement met en oeuvre un plan stratégique basé sur des diagnostics similaires avec une efficacité discutable. N’y a-t-il pas d’autres vecteurs pour relancer la dynamique agricole française ? La transformation digitale commence à porter ses fruits dans d’autres secteurs d’activité, pourquoi pas au tour de l’agriculture ?

 

 

Le digital est dans le pré

Le dernier salon de l’agriculture a été témoin de l’accélération des nouvelles technologies pour des applications agricoles bien précises. Illustrations :

  • Désherber naturellement sans bouger le petit doigt, telle est la promesse de « Dino » . Créé par Naio Technologies, ce robot peut désherber vos cultures en enjambant les rangs sans utiliser de produits chimiques.
  • Les drones font eux aussi leur apparition dans le secteur avec par exemple Airinov qui a la capacité de donner en temps réel des données agronomiques précises sur les cultures afin de permettre aux cultivateurs d’agir localement avec un traitement dédié.
  • Les objets connectés ont également trouvé leurs usages agricoles. Sigfox, rare licorne française, propose différentes solutions à destination des exploitations agricoles, comme la clôture connectée pour prévenir des coupures électriques, le silo connecté pour manager le niveau et les conditions de stockage ou encore un collier connecté pour localiser les troupeaux et suivre leur santé.

 

L’écosystème entrepreneurial français apporte de nombreuses opportunités via les nouvelles technologies couvrant de nombreux enjeux du secteur : réduire les coûts d’exploitation, diminuer la pénibilité de certaines tâches, accroître les rendements et apporter de nouveaux canaux de communication et commercialisation. D’après une étude réalisée par Nesta, l’intégration des nouvelles technologies dans l’écosystème agricole est en mesure d’augmenter de 18 % les revenus de l’agriculture et de réduire de 15 % l’utilisation d’engrais ou pesticides.

 

 

Un accompagnement nécessaire pour transformer efficacement

Il est en effet crucial que le gouvernement se saisisse du sujet et mette en place des mesures pertinentes en termes de réglementation, taxation ou financement pour moderniser l’ensemble de la filière et devenir compétitif vis-à-vis de nos voisins européens.

 

Cependant, la transformation digitale du secteur reste un levier majeur pour améliorer la performance des exploitations, interconnecter le secteur avec d’autres et le client final et cultiver de manière intelligente et responsable.

Le dynamisme de l’Agritech est en marche avec différentes initiatives gouvernementales et entrepreneuriales. Pour autant, peu d’exploitations sont équipées de ces nouvelles technologies à cause de la difficulté à les intégrer dans leurs activités quotidiennes. Mener à bien cette transformation demande un accompagnement adapté et précis à l’ensemble des acteurs de l’investissement à l’adaptation du modèle économique en passant par la montée en compétences sur les nouvelles technologies. Le ministère de l’Agriculture, des cabinets de conseil ou encore des associations comme « La Ferme Digitale » accompagnent déjà l’écosystème agricole dans cette transformation mais ces efforts doivent être multipliés en local pour révolutionner radicalement le secteur.

A propos de l'auteur

Arnaud Baloche est consultant

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Face à la contrefaçon des médicaments, de nouvelles solutions dans lesquelles il est urgent d’investir

Face à la contrefaçon des médicaments, de nouvelles solutions dans lesquelles il est urgent d’investir

Photo de Johnathan Gerardin auteur de l'article

Par Anais Querrien

Face à la contrefaçon des médicaments, de nouvelles solutions dans lesquelles il est urgent d’investir ?

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : la contrefaçon des médicaments est devenue un business beaucoup plus lucratif et moins régulé que le trafic de drogue. Mais les nouvelles technologies pour lutter contre sont là.

D’après l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) le trafic mondial de médicaments est aujourd’hui 20 fois plus rentable que la vente d’héroïne : pour 100 euros investis, cette dernière en rapporte 2 000 euros ; les médicaments contrefaits jusqu’à 50 000 euros. On estime aujourd’hui qu’1 médicament vendu sur 10 est contrefait ; ce chiffre peut atteindre 7 sur 10 dans certains pays, notamment en Afrique.

 

Ce business très juteux prend de l’essor depuis plusieurs années et la lutte anti-contrefaçon est devenue une priorité majeure pour les états, les autorités de santé et les laboratoires pharmaceutiques.

 

En France, les saisies de produits pharmaceutiques prohibés sont en hausse de +180% en 2016 (vs 2015) pour un volume total saisi par les douanes de 4,2 millions d’unités. Concrètement, la contrefaçon des médicaments représente un manque à gagner annuel de 10,2 milliards d’euros pour le secteur pharmaceutique européen et 37 700 emplois sont menacés.

 

 

Vente libre sur Internet : principale responsable de l’essor de la contrefaçon

Ces dernières années la vente sur internet a accéléré la prolifération de médicaments contrefaits ; ce phénomène prenant de l’ampleur principalement en Europe et aux Etats-Unis. Aujourd’hui, 94% des « pharmacies » actives dans le monde sur internet sont illégales. L’OMS estime que plus de 50% des médicaments commercialisés en ligne sont contrefaits.

 

En France, ce secteur est réglementé ; seuls 547 établissements sont autorisés à vendre en ligne et seuls les médicaments non soumis à la prescription médicale obligatoire, c’est-à-dire obtenus sans ordonnance peuvent y être commercialisés. Si les enjeux sont importants pour les laboratoires pharmaceutiques (enjeux économiques, réputationnels etc.) c’est avant tout un enjeu majeur de santé publique. Selon l’OMS, on dénombre environ 700 000 décès par an dans le monde à cause de la vente de médicaments contrefaits.
Face à la prolifération des médicaments contrefaits des mesures importantes ont été votées.

 

 

Il est urgent que les laboratoires pharmaceutiques passent à l’action

En février 2019, les acteurs de l’industrie pharmaceutique devront consolider la traçabilité des médicaments suite à la mise en place de la nouvelle directive européenne 2011/62/UE, votée lors d’une élection au Parlement Européen en 2016. Cette mesure forte aura pour vocation à prévenir l’introduction de médicaments falsifiés dans la chaîne légale d’approvisionnement.

 

Une technologie née de la finance – la blockchain – peut-elle aider l’industrie pharmaceutique dans la lutte anti-contrefaçon en améliorant la traçabilité des médicaments ? Avec l’avènement du digital, les révolutions technologiques se multiplient et de nouveaux outils s’imposent. La blockchain annoncée par les experts comme « la plus grande révolution technologique depuis internet » peut-elle être à la hauteur des contraintes et solutionner ces défis ?

 

La blockchain (« chaîne de blocs » en Français) est une base de données qui permet de stocker par ordre chronologique des données numériques ou enregistrements et ce à très faibles coûts. Aujourd’hui, la blockchain s’impose peu à peu comme une technologie révolutionnaire et disruptive pour transformer les traditionnels systèmes d’archivages et d’échanges de l’information en une technologie plus sûre. Stockage, transmission d’informations, transparence, sécurisation, fonctionnant sans organe central de contrôle.

 

 

Un modèle de traçabilité pharmaceutique repensé pour mieux protéger les patients

La blockchain, peut garantir l’intégrité des données de santé à travers l’ensemble des systèmes d’informations. Un système où tous les acteurs du système de santé (hôpitaux, centres de recherche, compagnies d’assurance, autorités de santé, laboratoire pharmaceutique et patients) pourraient stocker et partager des données de santé via une blockchain résoudrait de nombreux problèmes d’interopérabilité et de sécurité.

 

En outre, la blockchain apporte de réels avantages pour la traçabilité et la vérification d’authenticité des médicaments permettant ainsi aux laboratoires pharmaceutiques d’être conformes aux nouvelles directives européennes. D’abord, elle permet aux entreprises de suivre leurs produits dans la chaîne de distribution, créant un circuit hermétique, imperméable aux produits contrefaits.
Elle permet également aux parties prenantes, et en particulier aux laboratoires, de prendre des mesures a posteriori, en cas de problème, en identifiant l’emplacement exact de leurs médicaments et ainsi d’optimiser les procédures de rappel.

 

Données médicales, contrefaçon de médicaments, transparence de la recherche, données génétiques… la blockchain présente de sérieux atouts pour les acteurs du monde de la santé. D’ailleurs, certaines entreprises émergent en proposant des solutions clef en main pour accompagner les laboratoires pharmaceutiques à la mise en place d’un système de blockchain. A l’instar de Blockpharma, une start-up française qui propose un service de traçabilité des médicaments reposant sur la technologie blockchain qui permet de vérifier l’authenticité d’un médicament. L’application permet au consommateur de vérifier instantanément l’authenticité de la boîte de médicament qu’il achète.

 

Sanofi est quant à lui l’un des premiers laboratoires à avoir misé sur cette technologie en investissant fin 2017 dans la start-up Curisium, une entreprise de Manhattan Beach en Californie, qui a développé une plateforme reposant sur la technologie de la blockchain.

 

 

Une nouvelle conjoncture économique et concurrentielle se dessine

Il est urgent pour les laboratoires pharmaceutiques et l’ensemble des acteurs du secteur de s’adapter au nouveau contexte et enjeux du secteur d’autant que les nouvelles directives européennes s’inscrivent en ce sens.

 

Si la blockchain apparaît comme la solution innovante et disruptive de traitement de l’information et des données de manière transparente et sécurisée et pourrait permettre notamment de lutter efficacement la contrefaçon des médicaments en améliorant le processus de traçabilité sa mise en oeuvre soulève également des enjeux organisationnels et juridiques pour les laboratoires.
La blockchain pourrait bouleverser les modes de communication actuels. Pour fonctionner il est primordial que l’ensemble des acteurs de la chaîne pharmaceutique (Laboratoires pharmaceutiques, autorités de santé, fournisseurs, façonniers …), qui peuvent dans une vison « traditionnelle » avoir des intérêts divergents, s’alignent et jouent la carte de la transparence et de la confiance.

A propos de l'auteur

Anais Querrien est consultante

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Arbitrage Vidéo, Goal Line Technology, Big Data… Comment le digital s’impose au cœur du football ?

Arbitrage Vidéo, Goal Line Technology, Big Data… Comment le digital s’impose au cœur du football ?

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Mathieu Alonso

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Abdel Hamid Wael

Arbitrage Vidéo, Goal Line Technology, Big Data… Comment le digital s’impose au cœur du football ?

Samedi 16 juin 2018. L’Équipe de France affronte l’Australie. Après 55 minutes de jeu, Antoine Griezmann est fauché dans la surface australienne. Pour la première fois dans l’histoire de la compétition, l’arbitre consulte la vidéo avant d’accorder un penalty. Il a été guidé par ses assistants. Ceux-ci, après visionnage du ralenti, lui indiquent que la faute est réelle.

Reprendre les principes des objets connectés

L’arbitrage vidéo n’est pas un coup d’essai technologique dans le football. Lors de l’Euro 2016, la Goal Line Technology avait été expérimentée. Son principe de fonctionnement exploite une logique bien connue du monde des objets connectés : des capteurs situés dans les buts reliés à la montre connectée de l’arbitre l’informent du fait que le ballon ait, ou non, franchi la ligne de but.

 

Comme d’autres sports bien avant lui (rugby et basket-ball notamment) le football semble enfin avoir pris les mesures pour avancer dans la voie de la préservation de l’équité sportive. Dans une époque marquée par le transfert de Neymar au PSG pour 222 millions d’euros ou l’achat des droits télévisés du championnat de football à 1,1 milliards d’euros, une injustice sportive peut coûter cher à l’équipe qui en est victime. Mais cet aspect du jeu ne représente que la partie visible de la digitalisation dans le football.

 

 

L’Analytics et le Big Data au service de la performance

Les professionnels du football eux-mêmes sont partis à la quête du nouvel or noir des entreprises : la data. Le recueil des données en temps réel sur la performance sportive des joueurs, en match ou à l’entrainement, permet aux entraineurs et à leurs préparateurs physiques d’optimiser le rendement athlétique et tactique de leurs joueurs.

 

La réussite de l’équipe allemande en 2014 en est d’ailleurs un parfait témoignage. Pour la Coupe du Monde au Brésil, le staff allemand fut le premier à équiper tous ses joueurs d’objets connectés, afin de récolter des données précieuses sur l’état de forme des joueurs pendant les entraînements (rythme cardiaque, vitesse de course, distance parcourue etc..). Ces données seront transmises en temps réel sur un moniteur suivi par l’entraineur et son équipe technique, et analysées à froid, permettront d’aligner la meilleure équipe avant chaque match. L’Allemagne remportera la compétition cette année-là.

 

La digitalisation des bancs de touche est aujourd’hui consacrée avec l’autorisation de l’UEFA (Union des associations européennes de football) le 6 juillet dernier donnée aux « officiels d’équipe » d’utiliser des systèmes de communication digitaux (montre connectée, tablette et ordinateurs portables) lorsque « cela implique directement le bien-être ou la sécurité des joueurs, ou pour des raisons tactiques ».

 

carte_thermique_football

Exemple de l’utilisation pour le suivi de l’activité d’un joueur carte thermique (heatmap).

 

Et les professionnels de l’industrie du football ne sont pas les seuls à se ruer sur la donnée…

 

 

Les médias face au défi de satisfaire des consommateurs toujours plus exigeants

L’arrivée massive de ces statistiques a également bouleversé la manière de consommer le football. L’entreprise Opta Sports, spécialiste de diffusion de statistiques sportives, distribue ces données aussi bien aux clubs partenaires qu’aux médias. Les quotidiens sportifs européens comme l’Equipe, Marca ou Bild intègrent à leurs éditions des données brutes produites par la firme britannique ou des widgets permettant aux lecteurs de leurs éditions numériques d’accéder à des contenus toujours plus riches.

 

L’actuel diffuseur exclusif de l’intégralité de la Coupe du Monde russe, le groupe beIN sports, propose à ses abonnées un canal dédié au visionnage des matchs sous le format d’un « media center ». La retransmission du match en direct est accompagnée de statistiques en temps réel sur la performance des équipes.

 

 

Digital et football, un mariage en quête de nouveaux marchés

D’autres acteurs économiques gravitant autour du monde du football tirent profit des nouvelles tendances digitales. Les enseignes de paris sportifs ont saisi l’importance de la donnée pour envoyer de plus en plus de signaux en temps réel à leurs utilisateurs et ainsi les pousser à parier sur un évènement qui, quand il est anticipé par la data, peut paraître plus sûr.

 

L’analyse de ces données comportant faits de matches, statistiques individuelles des joueurs et forme du moment pourrait bientôt permettre à des intelligences artificielles de prédire le vainqueur d’un match ou même d’une compétition. Ce ne sera pas pour cette année où l’on sait déjà que les intelligences artificielles des banques UBS et Goldman Sachs se sont trompées (elles avaient respectivement favorisé l’Allemagne et le Brésil).

 

Les industriels du secteur n’en sont d’ailleurs qu’aux prémices de l’exploration d’un marché semblant offrir toujours plus d’opportunités. Avec les progrès de la robotique, et des enjeux financiers de plus en plus forts, ne peut encore imaginer à quoi ressemblera le football du futur.

 

A propos des auteurs

Mathieu Alonso et Abdel Hamid Wael sont consultants et membres du Pôle Digital et performance du cabinet

 

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La blockchain : opportunité ou menace pour le conseiller patrimonial ?

La blockchain : opportunité ou menace pour le conseiller patrimonial ?

Photo de François Xavier Autric auteur de l'article

Par François Xavier Autric

La blockchain : opportunité ou menace pour le conseiller patrimonial ?

La blockchain est la technologie en vogue du moment. Et pour cause, elle a des applications dans bien des domaines comme l’Assurance, l’Energie, la Santé et bien entendu la Finance et pourrait même devenir l’innovation qui va « uberiser » Über.. Mais derrière cette révolution annoncée, le potentiel de la blockchain peut-il aujourd’hui bouleverser le métier de conseiller patrimonial ?

En 2008, dans le contexte de crise de confiance dans la monnaie, les banques, le système financier et les états, se formalise un monnaie électronique qui a pour ambition de devenir l’équivalent de l’argent liquide numérique. Cette monnaie électronique doit pouvoir répondre aux problématiques liées à la confiance : assurer des échanges directs d’utilisateur à utilisateur, empêcher d’échanger la même pièce et garantir la monnaie sans autorité centrale.

 

La technologie blockchain sur laquelle se base cette monnaie électronique, « le bitcoin », permet de répondre à ces problématiques de confiance en s’appuyant sur trois piliers : permettre les échanges d’utilisateur à utilisateur (P2P / Pair-à-Pair), tracer les transactions dans un registre unique et conserver et vérifier les transactions.

 

 

Le passage d’un monde vertical et centralisé à un monde horizontal et distribué

Depuis le succès du bitcoin, la technologie blockchain a été transposée dans d’autres industries bien au-delà de la monnaie et du bitcoin. Les Etats sur la monnaie, les banques sur le taux interbancaire Libor, les notaires sur les cessions immobilières, les bourses sur les transactions financières et même Uber sur sa « flotte » de véhicules et de chauffeurs : tous ces domaines d’applications ont tous la même caractéristique définie par un pouvoir vertical et la centralisation par un acteur unique..

 

Pour la première fois dans l’histoire, une technologie a la capacité d’agir directement sur le modèle historique du pouvoir vertical et centralisé en proposant un protocole de gestion numérique ouvert, décentralisée, infalsifiable et basé sur les échanges réalisés entre les utilisateurs d’un réseau. Dans ce nouveau paradigme la verticalité s’horizontalise et le pouvoir centralisé se distribue.

Un réseau qui remet en cause l’existence même des tiers de confiance

Par définition, la blockchain permet de réaliser l’authentification, la fiabilité et l’audit pour rendre tout processus sécurisé et transparent. En effet, tous les membres peuvent accéder aux transactions du réseau et s’assurer de leur authenticité sans forcément en connaitre tous les détails. Dans la blockchain, certains membres du réseau détiennent une copie identique du registre dans lequel sont enregistrées toutes les transactions là où dans un modèle traditionnel, un unique tiers de confiance détient le registre et peut modifier les transactions.

 

Si la technologie blockchain ne remplace pas le tiers de confiance, elle va cependant bouleverser leur rôle ainsi que celui des intermédiaires dans des domaines très variés allant de l’audit des entreprises, aux systèmes de votes, à la gestion du cadastre ou aux transactions financières.

 

Le conseiller patrimonial, un tiers de confiance « blockchainisable » comme les autres ?

Dans la chaîne de valeur du conseil patrimonial, le conseiller patrimonial est un tiers de confiance comme un autre. La technologie blockchain pourrait être applicable à ce domaine. Cependant la faiblesse de la technologie, à la différence d’une intelligence artificielle apprenant son environnement de manière autonome, est qu’elle ne maitrise pas le domaine d’application où elle est implantée.

 

En cela dans la gestion de patrimoine, la blockchain sera plutôt utilisée pour sécuriser la gestion des fonds, vérifier les documents réglementaires et le KYC, contrôler la gestion du risque ou bien pour assurer certaines transactions financières.

 

Le conseiller patrimonial restera un utilisateur de la blockchain tout comme le chauffeur Uber restera un chauffeur Uber si la blockchain était implantée chez Uber. Il maitrise l’univers des véhicules financiers comme le chauffeur Uber maitrise la conduite de son véhicule.

 

Demain le conseiller patrimonial devrait plutôt craindre le mélange des technologies digitales comme le Big Data, l’Intelligence Artificielle, le Machine Learning ou les robots qui ensemble peuvent attaquer directement ses savoirs faire et sa connaissance du marché de la gestion patrimoniale tout comme le chauffeur Uber peut craindre de voiture autonome. Pour autant les applications de la blockchain sont à suivre de près dans le monde de la finance où l’intérêt autour de cette technologie s’intensifie, dernier exemple en date : le lancement par IBM et sept banques européennes d’un consortium autour de cette technologie.

A propos de l'auteur

François-Xavier Autric est manager et responsable de l’offre Digitale du cabinet

Article publié dans le Journal AXA Thema en septembre 2017

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