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4 juillet 2018 | A la Une, Actualité

Photo de François Xavier Autric auteur de l'article

Par François Xavier Autric

Quel futur pour les cryptomonnaies nationales ?

E-Krona, Emcash, J-Coin, Lakshmi, Estcoins, …, beaucoup de noms étranges pour qualifier les très nombreuses initiatives de cryptomonnaies nationales en cours d’étude en Uruguay, Chine, Estonie, Inde, Québec ou encore à Dubaï.

Mais pourquoi cet engouement soudain des Etats à développer leurs propres cryptomonnaies alors que les leaders sur le marché comme le Bitcoin ou l’Ethereum sont par nature basés sur un protocole d’ échanges décentralisés et indépendants du système bancaire mondial et de tout émetteur central.

 

Le premier Bitcoin miné en 2009 valait 0,001 $, aujourd’hui il vaut ~4 383 $ et il existe plus d’un millier de cryptomonnaies pour un marché total estimé à presque 150 milliards de dollars.

 

De tels systèmes financiers attirent forcement de nombreux utilisateurs, on en dénombre aujourd’hui entre 4 à 6 millions, et par conséquent aussi la curiosité, voir les suspicions, des États et des banquiers qui ne voient pas la cryptomonnaie d’un très bon œil et surtout échapper à leurs contrôles.

 

 

La mutation d’une monnaie de niche vers une monnaie d’usage

L’industrie des paiements est en mutation. Le Bitcoin a révolutionné la façon de réaliser une transaction financière laquelle peut s’effectuer sans intermédiaires et à moindres couts. De plus, cette cryptomonnaie basée sur le principe de la blockchain est aussi une véritable avancée en matière de sécurité où toutes les transactions effectuées sont alors stockées au sein d’une registre collectif et inviolable.

 

La croissance de l’utilisation de ces monnaies virtuelles est impulsée par leur acceptation de plus en plus importante par les entreprises, les commerçants et certains Etats. Cette année plusieurs pays ont assoupli leurs régulations et certains reconnaissent désormais les cryptomonnaies.

 

C’est le cas du Japon ou de l’Australie qui reconnaissent les cryptomonnaies depuis avril dernier comme un moyen de paiement légal sur leurs territoires, ce qui signifie que les citoyens japonais ou australiens peuvent librement les utiliser pour acheter des biens et des services.

 

L’utilisation des cryptomonnaies se développent aussi dans le cadre de levée de fonds pour le financement des entreprises via les Initial Coin Offering (ICO) car les frais et intérêts s’avèrent bien moindres que ceux pratiqués par les banques. Pour preuve en 2017, près de 2,3 milliards de dollars ont été levés hors des circuits de financements traditionnels bancaires.

 

Ces évolutions provoquent un changement de paradigme qui tend à faire passer le statut des cryptomonnaies de monnaie de niche à celui de monnaie d’usage et montrent que celle-ci gagnent en légitimité et en crédibilité.

 

 

Le double jeu des banques

Après une longue période de déni où les banques ont plutôt chercher à lutter contre ces nouvelles monnaies arguant des risques importants sur la sécurité et l’authentification des transactions, à l’image Jens Weidmann, chef de la banque centrale allemande Bundesbank qui déclarait que le Bitcoin pourrait « accélérer une future crise financière », elles rentrent maintenant dans une timide d’acceptation et se lancent à leur tour aussi bien dans des projets de création de cryptomonnaies que dans des tentatives de régulations.

 

Après avoir publié un rapport qui décriait les cryptomonnaies,  la dernière rumeur en date annonçait que Goldman Sachs, la banque d’affaires américaine, étudiait la possibilité créer un desk dédié au trading des Bitcoins pour ses grands clients institutionnels. A l’inverse, Jamie Dimon, le PDG de JPMorgan est plus réservé et affirmait en septembre dernier que le Bitcoin était une “fraude” qui aller exploser en vol. Il a ajouté que cette monnaie n’était bonne que pour les trafiquants de drogue, les meurtriers et les Coréens du Nord. Mais nul doute que si les grandes banques d’affaires américaines réfléchissent à se lancer ou trader des cryptomonnaies, les autres banques de la place suivront le mouvement.

 

C’est d’ailleurs le cas du projet « Utility Settlement Coin » (UCS) porté six grandes banques internationales comme HSBC, Barclays, UBS ou Satande pour faciliter le paiement des obligations et des titres entre elles.

 

 

Les tentatives de reprise en main par les Etats

Les tentatives de reprise en mains des cryptomonnaies par les Etats et les autorités de régulations ont d’ores  et déjà commencé mais les méthodes différent selon les pays.

 

La première méthode consiste à trouver des options légales pour faire des cryptomonnaies une valeur de transaction officielle dans le pays. C’est le cas au Japon ou en Australien et bientôt au Vietnam où le gouvernement vient de lancer une concertation sur ce sujet.

 

Une second méthode assimile les cryptomonnaies à des titres financiers afin de pouvoir les taxer et profiter des plus-values, c’est le cas en Allemagne par exemple.

 

En ce qui concerne les ICO, la Chine a décidé début septembre de les interdire car elle les juge favorables aux activités illégales alors que d’autres pays comme les USA, le Canada ou la Suisse prônent le rattachement de l’activité d’ICO à la réglementation existante.

 

Enfin le lancement de cryptomonnaies  nationales directement par les Etats est en passe de devenir réalité. L’Estonie réfléchit sérieusement à lancer sa propre devise qui serait baptisée « EstCoin » qui à terme pourrait être utilisé comme moyen de paiement dans le pays. Si l’Estcoin  a pour principal objectif de levée des fonds, le J-Coin a lui pour ambition de diminuer considérablement l’argent liquide en circulation au Japon et d’inciter les Japonais à privilégier des moyens de paiements digitaux. En effet, le cash représente actuellement 70 % des transactions et fait perdre d’importantes recettes fiscales.

 

 

 

Les cryptomonnaies privées ont prouvé leur robustesse dans le temps mais pour la plupart il est encore difficile d’accepter sa nature décentralisée car elle contredit le but même du secteur financier mondial. D’un côté les banques lancent des projets pour profiter de l’énorme marché des cryptomonnaies, de l’autre les Etats tentent de réguler ce marché et développent des projets de cryptomonnaies nationales. Deux raisons à cela, limiter la portée des cryptomonnaies privées comme le Bitcoin ou l’Ethereum et réduire l’utilisation de l’argent liquide qui échappe à tout contrôle.

 

 

A propos de l'auteur

François-Xavier Autric est manager et responsable de l’offre Digitale du cabinet

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